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 Les quatre chroniques ante-calendaires

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Céridwen
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MessageSujet: Les quatre chroniques ante-calendaires   Ven 8 Fév - 20:04

Tiens j'avais jamais posté ça, ça vous occupera bande de galapiats :p (PS: c'est un premier jet, non relu, donc surement gavé de coquilles ^^)

Les quatre chroniques ante-Calendaires




I– Le Double Dragon (ou comment hériter d’un locataire encombrant)



Osa ! Le fourbe, le maudit ! Il lui avait interdit de prendre corps. Il l’avait certes un peu défié, mais c’était dans sa nature ! Si un dragon n’avait plus le droit de cracher son feu, même à la face d’un dieu, où allait-on ??!

Mais la punition était tombée, incontournable, irrévocable : pas de corps ! Il était condamné à errer pour l’éternité, pur esprit draconique hantant le monde des 12 (en gros, quelques créatures décérébrées et une poignée d’habitants ne valant pas mieux qu’un slip bwork… Quelle sinécure …)
NON ! Il ne pouvait en être ainsi et si Celui Dont On Tait le Nom avait pu défier un dieu, il ne plierait pas à sa punition, et si un corps personnel ne lui était pas accordé, qu’à cela ne tienne, il prendrait celui d’un autre !

Jetant un regard avide sur ce monde neuf, il en fit un tour consciencieux, cherchant un hôte. Un tofu ? Non, c’était exclus de se retrouver dans une boule de plumes aux mouvements incontrôlés (sans compter l’étroitesse du corps…). Un mulou ? Hum… Quand on a une haleine qui fleure le souffre et l’œuf pourri, pas question d’y rajouter le musc subtil et … assassin du poil de mulou. Mais alors qui ?...
Voyageant très au sud de ce qui devait être nommé bien plus tard les Landes de Sidimote, il survola des cratères de lave qui faisaient jaillir leurs feux. Une lumière s’éclaira dans les pensées du dragon (qui lui, en ces temps, n’en était pas toujours une…) Un dragon !!! Mais c’était évident ! Celui Dont On Tait le Nom rugit de plaisir et de satisfaction, aussi fier de son idée qu’un capitaine pirate ayant retrouvé son caleçon mignon. Vengeance pure, il aurait malgré tout le corps de dragon qui lui avait été refusé.
De tous les « candidats » possibles, l’âme du dragon noir choisit un dragon de sa branche et voyagea discrètement jusqu’à l’antre de Grougalorasolas. Son « frère » dormait paisiblement quand il le rejoignit, quelques fumeroles acres s’échappant de ses naseaux, la gigantesque patte reposant négligemment sur ce qui semblait être un bout de jambe de disciple de Sadida, reste de son précédent repas sans aucun doute. Cela allait être plus simple qu’il ne l’avait prévu : en étant à sa première possession, l’esprit sombre ne savait trop comment s’y prendre, mais le sommeil de son homologue allait lui être favorable. Se lançant à l’attaque de l’esprit paisible, il s’insinua dans ses rêves, plantant ses griffes spectrales dans la volonté de Grougalorasolas. Ce dernier lâcha un hoquet de stupeur, mêlé d’incompréhension et de douleur, mais avant qu’il n’ait eu le temps de s’éveiller tout à fait, Celui Dont On Tait le nom l’avait violemment repoussé aux tréfonds de lui-même, prenant les commandes de ce corps fantastique et gigantesque, défi et outrage lancés à la face d’Osa.
Il goutta pour la première fois à la puissance, au rugissement du feu montant dans sa gorge, vibrante preuve de sa réussite, écrasant et massacrant en quelques minutes tout ce qu’il pouvait trouver à portée de sa patte griffue, de vraies griffes enfin, tandis que son hôte encore sous le choc, se recroquevillait en gémissant au plus profond de sa conscience, comme assommé par la puissance et la faim de vitalité de son « invité ».

La suite fut simple, autant que pouvait parfois l’être l’esprit de Celui Dont On Tait le Nom : massacres et sommeil, feux et satisfaction, il dégustait sa vengeance et l’affront qu’il imposait aux ordres du grand dieu Osa, savourant sa puissance. Mais ces débordements d’activités ludiques et destructrices eurent tôt fait, combinés à l’énergie que lui avait demandé la prise en griffes de son frère, de le faire sombrer dans un repos mérité, quoi que agité par la surveillance d’un éventuel mouvement de Grougalorasolas : sa liesse et ses exactions se calmèrent quelque peu après quelques semaines et Celui Dont On Tait le Nom retourna poser son encombrante et noble carcasse dans son refuge, repus et comblé.

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Dernière édition par Céridwen le Ven 8 Fév - 20:05, édité 1 fois
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Céridwen
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MessageSujet: Re: Les quatre chroniques ante-calendaires   Ven 8 Fév - 20:04

II – L’œil rouge de Rushu

Le Pacte ! Le Pacte ! Que le liait-on à un ridicule pacte, Lui, Rushu, Seigneur des démons, Maître des succubes et des légions démoniaques ?!! Depuis fort longtemps il avait été tenu par celui-ci, et du haut de son trône sanglant, le Grand Rushu fulminait ! Il y avait un nouveau monde et il n’avait pas le droit de s’y muser à cause de cet accord maudit. Il enrageait depuis lors et n’avait eut de cesse que d’y trouver une faille… Il se repassait une énième fois les termes du contrat en tête, commençant à désespérer et se disant que lui et les siens allaient finalement devoir se résoudre à s’entre-dévorer pour tout loisir, ou à engendrer le chaos sur les terres des autres mondes, déjà totalement dévastées. Ravager, tuer, les termes étaient clairs : « Il est formellement interdit aux démons, démones, succubes ou quelque autre engeance démoniaque ou à la solde d’un démon, qu’il soit actuel ou à venir, de quitter son plan dans le but d’envahir, de massacrer, d’annexer ou de se répandre sur le monde nouvellement créé par les dix. »
Evidemment !!! Il claqua de ses doigts griffus et éclata d’un rire qui serait désormais la référence non égalée en matière de rire démoniaque. Ses ailes se déployèrent largement en signe de victoire et de jubilation, faisant trembler les plans méphitiques durant plusieurs minutes. Comment n’y avait il pas pensé plus tôt ? C’était pourtant d’une clarté aveuglante : pas d’invasion, mais il n’était dit nulle part qu’on ne pouvait y effectuer une … promenade bucolique et totalement pacifique. Le pacte interdisait aux démons de poser leurs délicates pattes fourchues et griffues sur ce monde dans un but hostile, mais rien ne mentionnait que les ballades touristiques, culturelles ou digestives le soient aussi. Sa joie n’avait d’égale que sa gigantesque mauvaise foi, il en était pleinement conscient, mais quand on impose un pacte au plus grand et puissant démon que l’Univers ait jamais porté (il se définissait ainsi dans ses moments d’analyse de lui-même les plus modestes), encore fallait-il avoir pesé et noté chaque terme et chaque interdiction avec tout le soin, le recul et le machiavélisme démoniaque.

En moins de temps qu’il n’en faut à une aile de tofu maléfique pour se déplier, Rushu avait ordonné à Djaul de faire venir à lui une démone quasi inconnue et tout à fait mineure. Le plan qu’il avait en tête depuis qu’Osa avait envoyé ses dragons insuffler la vie sur le monde, allait enfin pouvoir être concrétisé pour sa plus grande gloire. Dès qu’il avait entendu les dieux parler des Dofus et de leur puissance, il s’était mis en tête d’en subtiliser un (la totalité aurait bien évidement été préférable, mais sil savait pertinemment que le pacte l’empêchait de passer la frontière entre les mondes, ne lui permettant pas, même une fois détourné, d’envoyer des légions sur Amakna pour les dérober tous en une fois.) Il avait donc choisi un dragon, un noir, à surveiller et à rendre amoureux afin de lui subtiliser le dofus pondu. Le choix avait été difficile car Rushu ne savait lequel d’entre eux serait le plus sensible à la « fiancée » qu’il allait lui envoyer. Les chances d’échec étaient grandes, mais son arrogance, son égocentrisme et sa mégalomanie compensaient sans peine ce qu’il estimait être un léger point de détail.

Il était d’une mauvaise foi non égalés, c’est certain, mais il n’était pas stupide pour autant, voilà pourquoi il avait choisi comme objet espéré de l’amour du dragon, une succube sans pouvoir particuliers, en dehors de sa grande beauté : sa peau écailleuse et ses ailes parcheminées, ses dents acérées comme des dagues et ses magnifiques yeux jaunes à la pupille fendue avaient de quoi faire succomber le plus hermétique des êtres (si on limitait l’être en question à la race des démons, des dragons ou à l’extrême limite à un requin myope). Nul pouvoir donc afin qu’elle n’attire pas l’attention des dieux et ne dérange pas l’harmonie du monde ; point trop de cervelle non plus pour qu’elle ne tente pas de le doubler et de s’enfuir avec le Dofus au lieu de le rapporter à son Maître. Elle se devait donc d’être un peu simplette et d’une parfaite obéissance. La candidate choisie par Djaul était parfaite, sa fantastique beauté n’ayant d’égale que la bassesse de son QI et sa totale dévotion à Rushu. Elle avait été nommée Haugne-Hon car, selon les dires, elle en tenait vraiment une couche …
Du haut de son trône, Rushu admirait la splendide créature que son comparse lui apportait. La jeune succube s’agenouilla respectueusement, non sans manquer de s’affaler en se prenant les pieds dans l’épais tapis qui couvrait les marches menant au siège du Seigneur des démons. Fronçant ses rouges sourcils, Rushu fit retentir sa voix brulante de toute la force possible :
« Succube ! Tu as été choisie parmi mes hordes démoniaques afin d’œuvrer pour moi. Ecoute bien car je ne le répèterai pas. Ta mission sera celle-ci : tu vas discrètement te rendre sur le monde créé par les dieux, Djaul t’indiquera la chemin. Une fois là-bas, tu surveilleras un grand dragon noir du nom de Grougalogarolas, te dévoilant à lui régulièrement, le charmant et le séduisant. Je VEUX qu’il tombe éperdument amoureux de toi et que de cet amour naisse un Dofus. Une fois le Dofus engendré, je t’ordonne de le subtiliser et de me le rapporter sur le champ. »
Rushu se tut et la fixa de ses yeux de lave, attendant de Haugne un signe indiquant qu’elle avait compris ce qu’on attendait d’elle. La jeune succube, toujours à genoux, contemplait le tapis en se demandant qui avait pu lui faire un croche patte et se disant qu’il était ma foi fort joli et agrémenterait parfaitement la caverne qu’elle occupait. Elle sorti de sa contemplation et de ses profondes réflexions en s’apercevant que le silence était retombé et leva prudemment les yeux. Elle se rendit compte que Rushu semblait attendre quelque chose, et sans un geste discret et agacé de Djaul l’encourageant à prendre la parole, elle aurait certainement commencé à passer en revue toutes les choses qui, à son sens, pouvaient bien faire défaut à son puissant Maître pour qu’il semble si impatient. Au lieu de quoi, ce qui venait de lui être dit lui revint en mémoire, et elle hocha la tête en signe d’assentiment et laissa échapper, d’une voix sensuelle et envoutante :
« Bien Maître, il sera fait selon vos commandements et je vous obéirai en tout. » (Si son cerveau et sa mémoire s’apparentaient plus à ceux du poisson qu’à celui d’une démone machiavélique, son sens de la soumission et du respect donnaient parfaitement le change, fort heureusement pour elle)

Djaul retint un soupir de soulagement en voyant le sourire satisfait de Rushu. Sans un mot de plus, il se renfonça dans son siège, indiquant d’un geste à Djaul qu’il pouvait s’occuper de la suite de ce qu’il avait appelé en secret « L’Opération Dragon » ….


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MessageSujet: Re: Les quatre chroniques ante-calendaires   Ven 8 Fév - 20:06

III – Les feux de l’amour d’un dragon

Il avait réussi au-delà de ses espoirs, Grougalogarolas avait depuis longtemps renoncé à fulminer et à se battre, préférant finalement se plonger dans ce sommeil profond où se trouvent les rêves de dragons. Celui Dont On Tait le Nom avait donc l’impression que ce corps était le sien, il s’y trouvait fort bien et n’avait nulle intention de le quitter jamais.

Le temps passa, ponctué de ci de là par les exactions sanglantes et hautement ludiques du dragon noir. Il prenait notamment un plaisir certain à survoler en rase mottes les troupeaux de bouftous, crachant son feu sur les placides ruminants, les grillant tous sur place avant qu’ils n’aient eu le temps de songer à s’enfuir. Ne restait après ces passages qu’un amas de bêtes grillées à point sur un lit d’herbes. L’éleveur qui subissait ces assauts en était quand à lui ulcéré et échafaudait stratégie sur stratégie pour mettre fin à cette hécatombe ovine. Il n’en mit finalement aucune en œuvre, pliant finalement face à la raison de son épouse qui trouvé la solution salvatrice : « Au lieu de nous lamenter et de pester au sujet de nos bouftous perdus, voyons le bon côté des choses et vendons plutôt cette viande délicieusement grillée. Je vais ouvrir un commerce et nous lui donnerons ton nom : Maiche Ouhi, rôtisserie fine. »
Le commerce de Maiche Ouhi fut un succès immédiat, et il en vint finalement à bénir celui qu’il avait considéré jusqu’alors comme le pire des fléaux.
Si le dragon noir aimait entrainer, par pur jeu, le silence des bouftous, il appréciait par-dessus tout les visites intempestives d es quelques voyageurs et aventuriers qui venaient le déranger dans sa retraite . En résumé, il prenait du bon temps, profitant pleinement de sa puissance.


Mais le temps filait et d’autres puissances étaient à l’œuvre : Djaul avait bien indiqué le chemin de l’antre de Grougalogarolas à Haugne Hon et la succube avait fini par vaguement arriver à destination, non sans mal il faut le reconnaitre car, s’il est avéré que les femmes ont un piètre sens de l’orientation, celui de Haugne était totalement inexistant… Passer une centaine de fois devant le même arbre aurait intrigué n’importe qui et aurait poussé le plus benêt à se dire qu’il devait tourner en rond : pas elle. Elle en déduisait simplement que les dieux devaient cruellement manquer d’imagination pour avoir créé une forêt aussi vaste remplie d’arbres totalement identiques. Son voyage qui aurait dut être relativement rapide pris donc un temps infini, et la seule chose qui fit qu’elle échappa au courroux de ses Maîtres fut le fait que le calendrier Xelor n’était pas encore en fonction. Il était donc impossible de savoir exactement depuis combien de temps elle tournait en rond.
Ca ne l’inquiétait pas plus que ça, d’autant moins qu’au fil du temps, elle avait fini par un peu oublier pourquoi elle était là. L’histoire du monde aurait pu être résolument différente si le hasard ne s’en était mêlé et qu’elle en vienne à passer fortuitement devant une rôtisserie annonçant « Chez Maiche Ouhi, la seule viande de bouftou rôti au feu de dragon » Dragon !! Un éclair de réminiscence la traversa et avec lui, la mission qui lui avait été confiée (ainsi que le fait que Djaul, prévoyant, lui avait fourni une carte détaillée du chemin menant à l’antre du dragon, celle là même qu’elle avait oublié de consulter durant sa promenade forestière). Elle se remit rapidement en route et parvint, sans retard cette fois, en vue de la sombre caverne, juste au moment ou une gigantesque forme d’obsidienne y entrait. Si son manque de mémoire et d’intelligence n’étaient plus à prouver, elle excellait cependant dans un domaine, celle qui l’avait faite choisir parmi tant d’autres magnifiques succubes et ses atouts étaient le charme, la séduction et la sensualité qu’elle maniait de main de maitre.
Elle s’installa donc dans un bosquet à proximité et observa plusieurs jours les habitudes de sa « victime ». Elle calqua alors ses activités en fonction de lui, afin qu’il la croise régulièrement, par pur « hasard » : elle prit notamment l’habitude de se baigner dans la rivière où il venait boire, de se prélasser au soleil dans les champs qu’il survolait et d’aller jusqu’à répandre chaque jour le parfum qu’elle portait à l’entrée de la caverne draconique.

Curieusement, au lieu de la dévorer au moment même où il avait senti sa présence, Celui Dont On Tait le Nom l’observait, intrigué. Si de prime abord son instinct lui avait soufflé de lui faire subir le même sort qu’aux autres visiteurs, il s’était trouvé incapable de la moindre agressivité à son égard, ce qui le perturbait passablement. Plus encore, il en vint rapidement à la chercher des yeux dans les divers endroits où il était coutumier de la trouver et, petit à petit, une sorte d’affolement et de … terreur ? s’emparaient de lui si son regard n’avait pu saisir la forme fine et délicate de le jeune démone plus d’une journée. Il entrait alors dans une violente colère, lançant des raids nocturnes sur les troupeaux endormis, pour la plus grande joie de Maiche Ouhi qui voyait son chiffre d’affaire augmenter proportionnellement à la frustration du dragon.
Celui Dont On Tait le Nom croyait devenir fou. Mais que lui arrivait il donc ? Lui, si fier de sa liberté, de sa puissance, se retrouvait parfois tremblant d’angoisse à l’idée de ne pas contempler de la journée un bout d’aile rouge ou une parcelle de peau écailleuse de sa visiteuse. Son cœur s’emballait dès qu’il décelait la douce odeur de la belle et manquait s’arrêter de bonheur s’il l’entrevoyait derrière un rideau d’arbres. Il fallait qu’il se rende à l’évidence : l’amour le tenaillait…

Quand elle eut estimé que sa proie était suffisamment ferrée, la perfide et envoutante succube décida qu’il était temps d’en finir avec le dragon. Laissant la nuit avancer, elle pénétra dans l’antre de celui qu’elle prenait pour Grougalogarolas , s’assit en tailleurs à l’entrée et attendit que le soleil se lève, l’éclairant à contre jour, toutes ailes déployées (elle avait un sens inné de l’esthétique et de la mise en scène sensuelle, aucun doute là-dessus).
Aux premières lueurs du jour, la première chose que vit l’œil entrouvert du dragon, ce fut cette apparition divine qu’il n’avait jusqu’alors qu’entre aperçu, calme, souriante, dans toute sa simplicité et sa splendeur. Les quelques résistances qu’il imposait encore à son cœur furent balayées en un instant, laissant ‘amour le plus intense et le plus brulant l’emporter irrémédiablement.
Etendant une de ses immenses ailes, il enveloppa la belle qui attendait en lui souriant, l’amenant à ses côtés avec une douceur et une tendresse sans égales (pour un dragon s’entend…)
« Dame, en vous regardant si somptueuse, offerte à mes yeux et à mon amour, je sais à présent que rien d’autre n’a d’importance à présent que de vous chérir et vous contempler. Puissiez-vous ne jamais disparaitre de ma vie au risque que je n’en meure… »
Au cours de la nuit suivante, un dofus d’un noir d’ébène, reposa dans la sécurité chaude et tendre de l’aile repliée de Celui Dont On Tait le Nom. Epuisé par tant d’émotions, il s’endormi comblé, ses yeux se refermant après un dernier regard de pur amour sur son Dofus, puis sur la belle reposant sous son autre aile.

Quand son souffle se fit lourd et régulier, la démone décida qu’il était temps. Se levant le plus discrètement possible, elle sortit de la grotte, les yeux rivés sur la carte donnée par Djaul, afin d’aller rendre compte à son Maître de sa totale réussite.
Cela prit encore hélas plus de temps que prévu, car Rushu avait demandé à Haugne, une fois sa mission accomplie, qu’elle vienne faire son rapport « sur le champ ». Elle perdit donc plusieurs jours à se demander à quel champs le Grand Démon avait bien pou faire référence, cherchant impatiemment à sortir de cette maudite forêt où tous les arbres étaient les mêmes. Après un temps infiniment long, elle finit par réfléchir (ce qui la surprit elle-même) et fini par se dire qu’il y avait bien trop de champs pour les visiter tous et qu’il valait peut-être mieux retourner dans le plan des démons ; avec de la chance, Djaul pourrait lui indiquer le chemin menant au champ en question …

1. Il est à noter que la notion de territoire de l’âme noire était relativement ancrée et qu’il considérait comme sa retraite, toute terre s’étendant sur plus de 200km à la ronde, ce qui avait pour avantage d’augmenter considérablement le pourcentage de ceux qu’il considérait comme de délicieux visiteurs.

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MessageSujet: Re: Les quatre chroniques ante-calendaires   Ven 8 Fév - 20:06

IV – Tant va la cruche à Rushu, qu’à la fin …

La chaleur, la lave, les damnés hurlants, elle était de retour. Elle chercha Djaul un moment au sein de ces lieux maudits, mais il semblait absent des endroits qu’elle avait le droit d’approcher. Alors qu’elle allait renoncer, un démon messager vint à elle, lui annonçant que Rushu voulait la voir sur le champ. Haugne en fut fort étonnée car, à sa connaissance, il n’y avait aucun champ dans le plan démoniaque … Si Rushu avait changé de lieu de rendez-vous, il aurait pu prévenir, mais elle n’était pas suicidaire et se garderait bien d’en faire la remarque au Seigneur Démon.
Rushu siégeait à sa place habituelle, dans une vaste et haute salle ponctuée régulièrement par des stalactites et stalagmites de lave solidifiée. Un interminable tapis rouge sang coupait la grotte en deux, montant à l’assaut des escaliers de pierre en haut desquels le siège outrageusement sculpté du Maître des lieux se dressait. Haugne s’avança, la tête penchée en signe de soumission mais ne pensa pas à regarder ses pieds et, une nouvelle fois, se les prit dans le tapis à quelques pas du bas des escaliers, l’aidant considérablement à se mettre à genoux plus vite que prévu. Un soupir agacé retentit en provenance du siège, suivi d’une voix terrifiante, coléreuse, mais dans laquelle perçait une jubilation intense.
« Succube ! Je devrais te réduire en cendres immédiatement pour m’avoir fait attendre ne serait-ce qu’une minute de plus que nécessaire !! Mais je crois avoir senti que la mission que je t’ai confiée avait été un succès. J’écoute ton rapport ! ».
Haugne se permit de lever les yeux vers son Maître et posa sur lui un regard où se mêlaient l’incompréhension, la reconnaissance et la fierté : incompréhension car elle était revenue directement après avoir passé un temps infini dans cette forêt maudite et puis, ça n’était pas sa faute si elle n’avait pas trouvé le champ indiqué. Reconnaissance car il était plutôt rare que Rushu n’exécute pas sans explication quiconque l’avait contrarié, fierté enfin, car il était encore plus rare qu’il semble satisfait d’un de ses subalterne, et puis c’était sa première mission et elle avait réussi ! D’une voix assurée, elle fit un rapide résumé de ses actions et de ce qu’il était advenu : le dragon, l’amour qu’elle avait provoqué, le Dofus ébène qui en était né. Elle se tut, contente de n’avoir rien oublié cette fois et ravie de voir le sourire sournois et pleinement satisfait qui éclairait le museau du Seigneur démon. Ce dernier se souleva de son siège, et exceptionnellement, descendit les quelques marches qui le séparait de la démone. Arrivé face à elle, elle cru brûler de la chaleur qu’il dégageait et se rendit compte de l’insigne privilège qu’il lui accordait de descendre jusqu’à elle. Souriante, elle le vit tendre sa main griffue vers elle, attendant qu’elle y dépose le Dofus. Là fut l’erreur qui failli coûter la vie à la jeune démone. Haugne et sa mémoire qui tenait plus du trou noir que de la bibliothèque Amaknéenne, n’interpréta absolument pas le geste de Rushu comme il se devait, et elle cru, dans son extrême naïveté, qu’il lui offrait une récompense à laquelle nul n’avait pu prétendre jusque là. Elle se releva dans toute sa grâce et son charme, son sourire découvrant ses dents acérées et saisi la main de son Maître, la serrant en une vigoureuse et chaleureuse poignée de main, digne de deux amis se connaissant depuis vingt ans, aggravant son cas en osant prononcer « Ben, ravie de vous avoir rendu service Maître, si vous avez besoin d‘autre chose hésitez pas hein ? ».
Un démon passa….Un silence plus menaçant que n’importe quel rugissement du gigantesque Rushu tomba sur la salle. Il dégagea ses griffes violemment, manquant arracher la main de Haugne au niveau du poignet. Il fulminait et hurla « Le Dofus espèce d’imbécile !! Je t’ai demandé de me rapporter le Dofus ébène alors donne le moi immédiatement avant que je ne t’arrache la tête !!!! »
Un autre démon passa, rapidement, étant donné l’ambiance plus que brûlante qui régnait en dessous. Haugne ramena à elle sa main tremblante, recomptant rapidement ses doigts au cas où (« un, deux, trois … heuuuu….bon ça doit être bon ») et commença à se mordiller les lèvres, sourcils froncés, comme si elle cherchait à se rappeler quelque chose. Une sorte d’éclair passa dans ses yeux et, tout sourire elle annonça, se grattant la tête face à un Rushu atterré :
«  Aaaaaaaaaaaah !!!! C’était donc ça !!! Il me semblait bien que j’avais oublié un minuscule truc en partant, mais comme je n’avais pas pris de valise en quittant notre plan j’ai pensé que ça ne pouvait pas être ça, alors je me suis dit que, forcément, je devais me tromper et que j’avais rien oublié mais maintenant que vous en parlez, je me rends bien compte que….. ». Il n’écoutait déjà plus, le reflux de sang qui venait de lui monter au cerveau brouillant momentanément son audition (ce qui était tant mieux pour la survie de la pauvre succube.) La seule chose qui le retint de lui écraser sa tête vide immédiatement fut le fait qu’elle était la seule à pouvoir retourner sur le monde et approcher le dragon. Il leva sa gigantesque patte, saisissant la base de son museau entre le pouce et l’index en fermant les yeux afin de retrouver un semblant de calme. D’une voix sourde et vibrant de toute la menace du monde, dents serrées, il reprit une dernière fois la parole en remontant sur son trône:
« Ecoute moi bien espèce de crétine congénitale (Rushu, dans sa fureur, n’avait pas pensé que les démons étant tous plus ou moins ses enfants, la traiter de crétine congénitale était relativement insultant pour lui-même, mais étant donné sa colère, on pouvait bien l’excuser pour cette fois), tu vas y retourner immédiatement, prendre ce Dofus et me le rapporter avant même que j’ai eu le temps de m’apercevoir que tu étais partie. VA !!! »
Elle évita  de lui faire remarquer qu’elle voyait mal comment elle pouvait être revenue avant d’être partie, même si la question la tarauda tout le chemin jusqu’à la caverne du dragon (qu’elle atteint cette fois sans maints tours et détours : la terreur, même chez les êtres simples, est parfois une merveilleuse motivation …)

La caverne était tranquille, toujours aussi sombre, et Haugne y entra comme en terrain conquis : le dragon noir était fou d’amour et il ne lui en voudrait pas pour cette légère absence, trop content de la revoir, elle en était persuadée. Il ne s’en était peut-être même pas rendu compte, épuisé comme il l’était, il ne s’était sans doute même pas réveillé depuis son départ. Mais on sait hélas combien l’esprit de déduction de la démone était faussé … Grougalorasolas semblait endormi, elle y vit là un bon signe : avec un peu de chance, elle pourrait prendre ce fichu œuf qui semblait tellement intéresser son Maître (il faut dire que vu la taille imposante de l’œuf, il pourrait sans aucun doute se faire une omelette du tonnerre avec celui là, et elle savait à quel point Rushu avait un appétit gigantesque), et repartir sans même que le dragon n’ai rien vu. Elle approcha donc discrètement, mais alors qu’elle était encore à bonne distance du dragon, il ouvrit ses yeux de feu et les fixa sur elle. Ne se laissant pas démonter, elle lui offrit son plus beau et sensuel sourire, se disant qu’elle aurait bien le temps de voler cet œuf un peu plus tard. Mais le regard qui se posait sur elle l’arrêta net dans sa progression: quelque chose n’allait pas … Elle percevait dans ces yeux reptiliens une malveillance, une haine qu’elle n’y avait jamais vu jusqu’alors. La voix du dragon la glaça sur place (si tant est qu‘un dragon puisse geler quiconque mais passons), ça n’était pas celle qu’elle connaissait et ce dragon n’était pas celui qu’elle avait séduit. Elle hésita à ressortir de la caverne pour vérifier qu’elle ne s’était pas trompée, pourtant sure d’elle-même pour une fois, et écouta avec horreur la révélation qui allait lui être faite
« Te revoilà succube, quelle erreur d’être revenue ici !! Je lis l’incompréhension dans tes yeux et je vais donc t’éclairer avant de te griller » Le dragon gloussa en entendant sa mauvaise plaisanterie. « Celui que tu as séduit, celui qui a engendré ce Dofus par amour pur est parti. Cette sangsue infâme avait pris possession de mon corps et a repoussé mon esprit, m’obligeant au sommeil. Mais ton départ l’a rendu fou, fou de rage, de chagrin et de désespoir et il n’a pu supporter une seconde de plus de te savoir loin de lui, il est parti, le départ de son âme me laissant à nouveau libre de mes actions et de mes pensées. C’est lui qui t’aimait, mais moi, sache que je te hais et que ta seule vue me rappelle sa présence. Et tu va mourir pour ça » Il prenait un malin plaisir à la perspective de massacrer la seule chose que Celui Dont On Tait le Nom avait aimé plus que lui-même et comptait bien savourer cet instant.
Bien évidemment, Haugne n’avait pas tout saisi, mais elle avait compris l’essentiel : le dragon n’était plus tout à fait le même et elle pouvait faire une croix sur la récupération du Dofus. Terrifiée par l’attitude menaçante de Grougalorasolas, elle recula doucement vers l’entrée de la caverne en lançant un « ah ben heuu… navrée d’avoir dérangé hein, mais rendormez-vous tranquille je vous en prie, je vais … heu monter la garde dehors pour être sure qu’on ne vous dérangera pas davantage ». Et avant que le dragon ait eu le temps de prendre une inspiration destinée à la rôtir sur place, elle était sortie de la grotte, s’éloignant le plus vite possible de ce lieu somme toute bien dangereux.

Rushu grondait et fulminait d’impatience en haut de son trône. Il faisait les cent pas autour de son siège et maudissait les dieux, les succubes, les dragons ainsi que tout ce qui lui venait en tête. Au moment où il allait torturer un cinquantième subordonné pour tromper sa patience, Haugne entra dans la salle Seigneuriale, souriante d’un air satisfait, portant sous son bras un tissu contenant une forme ronde de taille respectable. Fou de joie, Rushu se rua sur elle et attrapa le baluchon qu’elle lui tendait avec fierté. Il dut se contenir pour ne pas le mettre en pièce, de peur de briser le précieux Dofus qui ne pouvait que se trouver à l’intérieur. Il défit le lien le plus délicatement possible de ses grosses mains griffues, et écarta les pans du tissu, les yeux brillants de convoitise de contempler le…. La douzaine d’œufs de tofus !!!
Il leva les yeux vers la succube, en rage, tellement éberlué qu’aucun autre son ne parvenait à sortir de sa gorge qu’une espèce de grognement fleurant très fort la crise cardiaque.

Haugne profita de ce silence pour raconter fièrement son second voyage, ce que lui avait dit le dragon et sa récolte : elle avait échappé de justesse à la vengeance de Grougalorasolas (heureux les simples d’esprits comme disait un certain feca aux cheveux longs quant il parlait à ses bouftous) et se disait qu’elle ne pouvait retourner voir Rushu les mains vides … Le hasard et la chance se penchèrent encore une fois sur elle, mettant sur son chemin un couple de tofus en promenade. Son esprit fin et acéré fit rapidement cette déduction : tofu = volaille = œuf donc tofu = œuf. Il fallait donc suivre les tofus afin de leur voler leurs œufs pour les rapporter au Seigneur Démon !  Elle mit un petit moment pour les retrouver, car la révélation selon laquelle les tofus donnaient des œufs lui avait quand même pris quelques kilomètres de marche. Elle fini par remettre les yeux dessus et par les suivre jusqu’à leur nid. Une douzaine d’œufs y reposaient, bien assez pour contenter son Maître. Satisfaite, elle fit fuir les délicats volatiles et emporta sa découverte avec elle, bien plus sereine à présent sur l’accueil qui lui serait réservé à son retour. Elle avait alors reprit la route du plan démoniaque.
Toujours aussi naïvement, elle conclu son récit par : « Voilà de quoi vous contenter dans votre envie d’omelette Maître. Je sais que l’œuf du dragon était gros, c’est pour ça que je me suis dit dans ma petite tête, que j’allais en prendre plein de ceux là, histoire que vous ne restiez pas sur votre faim quoi … » Et elle sourit, à l’inverse de Rushu qui lui, avait viré au gris cendre et ne semblait pas trouver ça drôle ou intéressant du tout, ce que Haugne avait d’ailleurs du mal à comprendre.

Quand il retrouva enfin son souffle, sa rage explosa plus violemment qu’un volcan en éruption et les démons présents se demandèrent si ce simple rugissement n’allait pas suffire à tous les rendre sourds (à moins que l’haleine fétide de Rushu, augmentée d’autant par la haine et la frustration, ne les décime sur l’instant). Éberluée, Haugne Hon le regardait sans comprendre et quand les griffes du Seigneur démon la lacérèrent, se plantant dans chacune de ses partie vitale, pour terminer par lui séparer la tête du reste du corps, cet air d’incompréhension ne l’avait pas quitté. Il fit demi tour, envoyant rouler la tête de la succube d’un grand coup de sa queue écailleuse et piétinant sans ménagement les œufs de tofu si gentiment rapportés (en fait, Rushu fut plutôt pris d’une déconnexion neuronale assez curieuse qui lui fit faire un caprice totalement décalé par rapport à sa puissance et à sa prestance : il se mit à sauter à pieds joints et poings serrés contre son torse, sur les œufs de tofu, les réduisant en miettes, lâchant des petits cris plus dignes d’un enfant frustré à qui on a retiré son jouet. Il avait perdu en un instant toute la hauteur de son charisme et la terreur qu’il inspirait à tous, mais personne n’osa en profiter ou le faire remarquer, bien évidemment.)

Il remonta sur son trône, souillant le tapis d’un mélange d’œuf fouetté et de coquilles broyées : Haugne aurait été contente de voir que finalement, Rushu avait bien fait une omelette des œufs qu’elle lui avait ramenés …

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