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 Un passé dans les Brumes, un avenir pour les tisser (Kani)

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KaniBhaal
Le Tisseur de Brumes
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Nombre de messages : 43
Date d'inscription : 15/01/2007

MessageSujet: Un passé dans les Brumes, un avenir pour les tisser (Kani)   Dim 4 Fév - 6:11



Prélude : Dans les limbes de l'oubli.



- "DEBOUT!!! Foutu clampin! L'soleil est d'jà l'vé! Allez espèce de bon à rien, d'puis quand j'dois m'l'ver sans qu'mon p'tit déj'ner m'soit d'jà servi?!"

La voix caverneuse avait retenti telle un martellement de forge dans la tête du jeune homme. Les yeux mi-clos, il se découvrait allongé sur un tas de foin entassé à la hâte dans cette minuscule pièce.
Le soleil était en effet déjà haut, l'unique fenêtre du réduit filtrait ses vifs rayons au travers de la crasse accumulée au fil des années d'absence d'entretien, baignant l'atmosphère poussiéreuse d'une aura chaleureuse.
La porte en bois qui lui faisait face, rongée par l'âge et les insectes, gronda trois fois sous de violents coups.

- "DEBOUT!!! J'ai faim b'sang! Tu n'veux pas 'core tater comme hier d'ma douce Marcheuse? Foutu clampin! C'est qu'tu parviendrais presque à l'fatiguer!"

L'adolescent se leva, douloureusement. Ses membres fourbus de courbatures suffisaient avec peine à le porter, et nu comme au premier jour il découvrait sa peau montrant partout des ecchimozes, comme les reliquats d'un âpre combat. Vacillant sur ses pieds, il tourna le regard, hagard, au delà de la vitre souillée de la fenêtre.
Mais où était-il?
Il secoua la tête... non non non... mauvaise question, ce n'était pas par là qu'il devait commencer...
Mais qui était-il?

Un lourd silence s'était installé, toutefois brisé de temps à autre par les gromellements "Foutu clampin!" de la voix au-delà de la porte.
Comment se pouvait-il qu'il n'ait pas le moindre souvenir de quoi que ce soit avant ce réveil brutal? Pourquoi donc son corps lui était-il si douloureux? Qui était cet homme qui hurlait après lui? La tête lui tournait, le souffle lui devenait court, haletant, il tomba à genoux, le visage en avant et faisant face... aux reliefs d'un frugal repas étalés à même le sol...

Etait-il un animal? Etait-il un esclave? Nageait-il dans un horrible cauchemar? Oui! Oui! Ca ne pouvait être que ça! Il dormait, oui il dormait encore profondemment, tout ça n'était qu'illusoire...

Mais la réalité le rattrapa bien vite... La porte vola soudainement en éclats dans un fracassant tonnerre, et l'instant d'après le jeune homme reçut le plus violent coup sur la tête qu'il recevrait jamais, le projetant en arrière dans un arc de cercle pourpre tel un pantin de chiffon. Etalé de tout son long sur le plancher, la conscience au bord de l'abime, il sentit la chaleur de son sang couler de ses narines, il devait en avoir aspergé la moitié de la pièce se dit-il. Sombrant peu à peu, il n'entendit plus que ces dernières paroles :

- "Foutu clampin! V'là qu'il s'r'couche pour r'dormir s'te faignasse! M'en va t'le..."


**********

*SPLASSSSSSH!*

Crachant, toussant, le jeune homme papillota des yeux, l'eau glaciale qui ruisselait partout sur son corps, le détrempant jusqu'aux os, lui arracha un frisson.
Face à lui, campé sur ses deux jambes épaisses, se tenait un sadida d'âge mûr, dont la barbe unie aux sourcils et à la chevelure faisait figurer son visage en un amas broussailleux, désordonné et sale, ne laissant que percer ses deux yeux sombres, véritables pépites fuligineuses au milieu d'un jardin mal entretenu de poils argentés. Il ne portait qu'un kilt bleu, mal ajusté à sa taille, et dont la ceinture disparaissait derrière un gras ventre qui pendouillait comme s'il voulait se détacher du reste du corps pour se reposer au sol. Il serrait de ses mains noueuses les bords d'un seau dont il venait vraissemblablement de vider le contenu sur le jeune homme.

- "Debout b'sang! Foutu fainéant, le travail t'attend si tu veux mériter ta pitence!"

Sans répondre, l'adolescent se remit en chancelant sur ses pieds, incrédule, et se dirigea vers la petite pile de loques qu'il savait, sans en connaitre la raison, être ses "vêtements". Quelques instants plus tard, il suivait docilement le sadida hors de la minuscule pièce, enjambant les débris de la porte gisants au sol.

- "V'là! Tu vois? Avec tes anneries on s'retrouve avec ça en plus à retaper. 'Intérêt qu'elle soit d'nouveau sur ses charnières avant la tombée d'la nuit, sinon j'te garantis le plus m'vais jou de ta misérable existence!"

La salle où ils venaient de pénétrer, après avoir traversé un couloir au plafond bas, devait tenir lieu de séjour. On y voyait au centre un vaste canapé au cuir défraichi par l'âge faisant face à un âtre où crépitaient quelques fumantes braises mourrante. Si l'atmosphère n'était pas aussi crasseuse que l'endroit où il s'était éveillé, elle était bien plus sombre, presque inquétante par les ombres qui semblaient ramper en de longs doigts crochus sur les lattes du plancher. La seule lumière venait de l'interstice entre les deux volets de l'unique fenêtre, mal habilement taillée dans le mur de gauche, et comme une lame meurtrière le rai solaire tranchait en deux la pénombre ambiante, donnant presqu'au jeune homme l'impression d'avoir devant une crypte, un caveau, dont la porte d'entrée venait d'être ouverte...

Le sadida s'effondra mollement dans le canapé, s'y étalant confortablement, et tira sur lui un fin drap blanc, évoquant à l'adolescent un être au crepuscule de sa vie qui se drape déjà de son propre linceul.

"Foutjiu! Mais t'as donc oublié ce qu'tu dois faire ou quoi? B'sang, file dans la cuisine et n'en reviens qu'avec mon déjeuner!"

Suivant des yeux la direction montrée du doigt par le sadida, l'adolescent découvrit une trouée dans le mur, face à la fenêtre. S'ébranlant lentement, il avança d'un pas trainant vers cette nouvelle pièce qui s'ouvrait à lui...

**********

Tas d'immondices mélés à des batteries de casseroles, piles d'assiettes de terre cuite rongées par la moisisure, sol à la couleur indéfinissable tant il était maculé de tâches de graisse, tel était l'état peu hospitalier de la cuisine. En y pénétrant, le jeune homme dut réprimer un haut le coeur, puis resta interdit devant ce spectacle d'hygiène déplorable pendant près de 10 bonnes minutes.

Comment pouvait-on laisser à ce point la crasse envahir sa demeure? Il savait les sadidas particulièrement fainéants, du moins de réputation, mais de là à en arriver à de pareilles extrémités...

La pièce ne lui semblait pas familière, en tout cas pas plus que celle dans laquelle il s'était éveillé auparavant, mais au moins ici la lumière entrait vivement éclairer l'intérieur, en traversant ce qui avait du être auparavant un grand vitrail oval réduit désormais à une simple fenêtre bardée de montants en frêne pour permettre à la vitre carrée d'y trouver son aise. Un simple coup de pied aurait sans doute suffit à démettre l'ouvrage tant il semblait avoir été bâclé. Dehors, il voyait un adolescent qui ne devait être guère plus âgé que lui, jouer avec ce qui semblait être son petit frère, ou alors un proche cousin à en juger par la ressemblance des traits. Les deux portaient de petits arcs en bois, faits d'une simple branche liée aux deux extrémités par une corde grossière, et visiblement s'amusaient à se croire archer émérites. Le plus vieux d'entre eux regarda au travers de la fenêtre, et adressa un signe de la main amical juste avant de bondir sur une caisse en faisant vibrer la corde de son arc. L'ennemi invisible devait sans doute être mort sur le coup.

La voix du sadida retentit derrière "Non mais s'pas bientôt fini de bailler aux corneilles foutu clampin?!"
Le sang du jeune homme ne fit qu'un tour, la fureur laissant place à la stupéfaction et aux divagations... Saisissant le couteau à dégorger les poissons, il fit irruption dans le salon, arme brandie au-dessus de sa tête, et se rua vers le canapé dans le but avouer de larder son occupant des plus furieux coups que le permettraient son bras. Mais ce bras, il ne l'abbatit qu'une fois. La jeunesse et la fougue peuvent être qualifiées de qualités, mais l'expérience et l'anticipation en sont d'autres. Ce fut pour lui comme de frapper dans un arbre. La lame se brisa sec, explosant en milles éclats tranchants piquetant ses bras à nu. Il regardait, incrédule, le sadida qui s'était dresser soudainement tel un ressort, aussi raide qu'un chêne, aussi dur que de l'ébène, sa peau n'était qu'écorce impénétrable. Et avant que l'adolescent ne reprenne ses esprit, un poing rageur, mais aussi ferme que la plus ancienne souche du monde, s'écrasa sur sa tempe, l'envoyant rouler au sol.

"Vas t'en voir larbin, m'en vais t'apprendre le respect!"
Il sentit un pied s'enfoncer dans ses côtes, une fois, deux fois, trois fois, et encore, et encore, comme une racine s'insinuant peu à peu dans la terre, brisant ses os comme l'on pile du sucre. Et un nouveau coup au visage... La brume s'épaississait autour de lui, une brume noireâtre mélée de son sang à mesure qu'il perdait conscience...

"Tissssssssssssss rrrrrrrum..." entendit-il avant de sombrer dans un évanouissement qui lui permettait de ne plus endurer la douleur...

**********

Blanc.

Il n'y avait que le blanc dans l'esprit inconscient du jeune homme. Un blanc éclatant, aveuglant, le blanc de la douleur et de la souffrance mais pourtant... Il se savait aux abîmes de son âme, et si tout n'était que blanc, il ne ressentait pourtant nul mal. La douleur avait sans doute atteint une telle intensité que son esprit ne pouvait l'interprêter, alors il renvoyait une sensation de vide total et éclatant.

Il entendait encore cependant, ou croyait entendre. Une voix perchée, sussurante et rassurante, sifflait à son oreille, soufflait pour s'écouler dans sa pensée, le serinait d'une seule sentence : "Tisse sssss. Tisssssss, issssss Tissssss"
Mais il savait que ces mots n'étaient pas les seuls, quoi qu'il ne parvint pas à en saisir le sens.

Blanc.

Le blanc du linceul, le blanc mortuaire, touchait-il déjà aux confins de la vie? Rejoignait-il les âmes séculaires qui voletaient au-delà de toute terre? Son esprit s'étiolait, s'étiolait déjà, fuyait sans pouvoir être ressaisi, et il n'essayait pas de toutes façons. Il se sentait se quitter lui-même.

Grinçante, grognante, craquetante, la voix le ramenait à sa raison "rkkkkkkkkhrrrrrr, rkkkkkkkkkkkhrrrrr".. Filin sonore, qui l'empêchait de partir, fin lien mais qui n'avait rien de ténu.

Blanc.

Le blanc de l'os, le blanc des fossoyeurs, le masque squelettique. Il ne voyait plus que cela, il ne pensait plus qu'à cela : un crâne décharné, livide. Et son ombre...
"Tisssssssssss, tissssssss, rkkkkkkkhrrrrr, tisssssss, rkhrrrrrrrr, tissssssssss rrrrrum." et le silence.

Blanc.

Le blanc fulgurant, le blanc aveuglant, le blanc de la souffrance violente et intense.
Un oeil qui cligne, et le drap blanc du canapé du Sadida...

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